Comment mettre en scène l'indicible ? 

Comme tout œuvre qui raconte les camps de la mort se pose la question du comment représenter l’horreur, la cruauté, l’indicible ? La mise en scène a-t-elle sa place ? A-t-on besoin des artifices de la mise en scène ? Comment représenter l’inimaginable ? 
Il s’agira de ne pas surcharger le propos, et de nous attacher au texte. Se rapprocher au plus près du témoignage et au style que lui- même insuffle. En lisant et relisant l’œuvre de Primo Levi ce qui frappe, c’est la distance que lui-même est capable de créer par rapport aux événements qu’il a vécu dans sa chair. A tel point qu’il nous invite, malgré nous, à pénétrer dans cet « hors du monde » et à revivre avec lui la vie du läger. Nous devenons des Haftling...A nous d’essayer d’en sortir indemne. 

Les voix

L’idée d’un duo vocal masculin/féminin permet de donner du relief au texte, deux sensibilités, masculin/féminin. Deux tessitures qui s’enchevêtreront tout le long du récit. Monologues et dialogues se mêlent tels un oratorio. L’utilisation de l’italien permet de retrouver l’original de l’œuvre. Il permet également de créer une certaine distance et de suggérer la multiplicité des langues qui existaient dans les camps. 

La musique

La musique omniprésente, obsédante, ponctuant les journées du camp. Les allemands se grisent de musique...Musiques légères et joyeuses musiques classiques que les allemands adoraient écouter. Qui peut dire aujourd’hui que la musique, la culture rendent l’homme meilleurs ou moins cruel ? Wagner, Strauss, Bach, aux services de l’horreur, peut-on imaginer cela ? Comment l’imaginer. Musique qui accompagne le départ au travail, jouée pendant les pendaisons. Musiques exaspérantes. 
 

L'espace

Les statues d’Amilcar Zannoni en fond de scène, statues qui racontent l’homme dans sa souffrance et ses fragilités, et dans le même temps sa force et sa capacité de résister aux privations. L’homme face au mystère de la vie. Ses statues semblent vouloir s’arracher à la terre et rejoindre l’éternité. Giacometti n’est pas loin. 

L'image subjective

Les images du peintre Anselm Kiefer : la recherche de ce peintre allemand a été jalonné tout le long de son œuvre par cette obsédante culpabilité face aux horreurs que son peuple a pu commettre. Il n’a pas cherché à déculpabiliser ses parents, ses co- nationnaux, non il a cherché à les comprendre. 

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